#010 – identification, la plus subtile des prisons
Se désidentifier du monde pour s’unifier à l’Être
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Ce post est un tournant dans mon parcours de publication sur Substack. C’est le premier que j’adresse uniquement à mes abonnés. Et cet exercice m’a obligé à me poser une question simple mais exigeante : Que puis-je réellement offrir à celles et ceux qui me suivent sans s’être encore immergés dans la contre-culture que je propose dans mes livres ?
Je pourrais leur donner quelques miettes de contenu, quelques extraits ou condensés bien pensés… mais cela ne ferait que nourrir la fragmentation dont ils cherchent à sortir.
Comme je l’ai partagé dans le post #004 – Premier pas : une vision partagée, il n’est pas possible d’entrer sérieusement dans une réinterprétation du réel en la fragmentant. On peut expérimenter des fragments d’un univers, oui, mais après immersion, et non avant.
J’ai donc décidé que ces neuf prochains posts, réservés aux abonnés, traiteront des chaînes invisibles qui empêchent un être humain de polariser librement sa vie autour d’une orientation spirituelle authentique.
Je ne parle pas ici de développement personnel ou de travail psychique, utiles à mes contemporains, certes, mais d’un ancrage spirituel profond, tel que défini dans le post #003 – La spiritualité, ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas.
Commençons par l’une des plus puissantes, et des plus universelles, chaînes invisibles : l’identification.
L’identification est un mécanisme qui répond à des injonctions sociales, culturelles, familiales. Elle façonne notre rapport au monde à notre insu, et produit un égarement si subtil qu’il devient quasiment indécelable… jusqu’au jour où l’on prend le temps de l’observer.
Dans le monde professionnel, peut-être l’as-tu déjà croisée, ou vécue toi-même. Celui qui travaille pour une société gazière devient pro-énergies fossiles. Celui qui œuvre dans la filière viande se fait défenseur des régimes carnés. Et celui qui vit du tourisme défend coûte que coûte l’aviation.
Peu importe l’impact global sur la collectivité ou l’environnement. Ce qui compte, c’est que l’activité à laquelle on s’est identifiée, génère du flux, de la validation, du sens social. Et l’humain, vaste conscience incarnée, devient homo œconomicus, réduit à sa seule utilité productive, compatible avec les rouages d’un monde malade, et dévitalisé.
Mais l’identification ne s’arrête pas là.
Dans le monde des loisirs, regarde les supporters de football, projetant leurs émotions sur leur équipe : joie, tristesse, colère, haine… Leurs états d’âme ne leur appartiennent plus. Ils sont greffés à une entité extérieure.
Dans la sphère familiale, l’identification est aussi tenace.
Combien d’adultes ne cessent d’être les « enfants de leurs parents » bien après l’enfance ? Combien de deuils amènent un soulagement silencieux, car ils libèrent du regard constant, du jugement, des attentes ? Et combien de parents continuent à parler de leurs enfants adultes comme s’ils ne l’étaient jamais vraiment ?
Des siècles durant, on devenait adulte vers 14-15 ans, grâce aux rituels de passage. Aujourd’hui, cette frontière s’estompe, et avec elle, notre croissance intérieure.
Ajoute à cela deux nouvelles formes d’identification contemporaines :
– Celle du malaise adulte vu comme le prolongement d’un « enfant blessé » ;
– Celle du code génétique invisible, d’un destin hérité, d’une malédiction familiale à transmuter.
Mais dans le cas présent, sommes-nous bien certains que le malaise vient du passé ?
Et s’il venait plutôt d’un présent dissonant, un présent où ce que nous vivons n’honore plus ce qui nous appelle en silence ?
Et qui peut affirmer que l’autoguérison n’est pas possible… à condition de ne pas rouvrir la blessure à chaque instant, en nous forçant à nous remémorer ce qui nous a blessé ?
Tout en toi n’est-il pas déjà structuré par une force invisible, dont la seule finalité est de t’amener à t’autoguérir ?
Tous ces mécanismes d’identification ont un point commun :
Ils t’attachent à une cause extérieure.
Ils t’aveuglent dans la chose même que tu défends.
Et pendant ce temps, tu abandonnes la construction de ton propre axe.
Tu oublies de te polariser vers un devenir.
Alors je t’invite, aujourd’hui, à identifier l’identification.
À observer tes humeurs.
À questionner ce que tu défends, ce que tu représentes, ce que tu reproduis.
Et à chercher une culture, une vraie, cohérente, structurée, qui t’ouvre un chemin vers l’avant, plutôt qu’un miroir du passé.
Le roman et le livre-monde sont peut-être cette culture.
Ils ne te donneront pas de réponses toutes faites, mais une structure, une vision, un souffle.
Lis-les, éprouve-les, interroge-les.
Et vois… ce qui s’éveille en toi.
— Alexander DJIS
Extrait des Réflexions Arpenteuses
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